Langue du prompt et pays de connexion : deux réglages
La langue décide si l'assistant cherche des fournisseurs locaux, la connexion décide de quel pays. Une prépublication d'août les a séparées.
Une question posée en français obtient une réponse sur la France : c'est l'objection qui vient spontanément quand on affirme que la langue du prompt et le pays de connexion sont deux réglages distincts. Elle a l'air de relever du bon sens. Elle est juste à moitié, et la moitié qui manque est précisément celle qui concerne les exportateurs. Une petite expérience publiée sur arXiv fin août 2026 permet de voir où passe la ligne de partage.
Prenons donc l'équation « langue égale marché » et vérifions-la pièce par pièce.
Ce que l'objection a de juste
La langue change bien la réponse, et pas seulement en la traduisant. Chaque langue correspond à un autre corpus de textes, donc à une autre liste de noms. Nous l'avons détaillé dans dans quelle langue faut-il vraiment mesurer. L'erreur n'est pas là. Elle est dans le pas suivant : passer de « la langue change la réponse » à « seule la langue la change ».
L'expérience d'août : deux réglages, modifiés un par un
Il s'agit de arXiv 2608.30052, signé par Dmitrij Żatuchin et déposé le 30 août 2026, avec des données recueillies les 29 et 30 août. C'est une prépublication, sans relecture par les pairs, et l'auteur indique que sa propre entreprise vend de la mesure de visibilité IA. À lire comme une sonde soignée, pas comme une conclusion définitive.
Le protocole : 234 exécutions sur ChatGPT, via l'interface web sans connexion à un compte et via l'API d'OpenAI. Six langues (anglais, allemand, norvégien, turc, estonien, russe), quatre pays de sortie (Allemagne, Norvège, Turquie, Estonie), six répétitions identiques par combinaison. Deux catégories : le logiciel de comptabilité pour indépendants, lié aux règles fiscales de chaque pays, et le logiciel de gestion de projet pour une petite agence de marketing, qui ne l'est pas.
La langue et la connexion ont été modifiées séparément. C'est ce qui permet de savoir lequel des deux réglages a déplacé quoi, ce que les tests faits à la main ne permettent presque jamais.
Premier résultat, qui donne raison à l'objection : dans la catégorie réglementée, quand la langue de la question correspondait au pays de connexion, une marque mondiale n'a obtenu la première recommandation que dans 1 exécution sur 24. En anglais, depuis les mêmes connexions en Estonie et en Turquie, les fournisseurs locaux ont gagné 0 exécution sur 6 dans chacun des deux pays. La langue agit comme un interrupteur. Avec une nuance que l'auteur ne sait pas expliquer : en anglais depuis Berlin et Oslo, des fournisseurs locaux apparaissaient quand même.
Ce que le pays de connexion change
Voici la pièce qui ne tient pas. À langue constante, en changeant seulement l'adresse IP de sortie, les fournisseurs cités changeaient de nationalité, alors que la réponse restait dans la langue de la question. Une question en turc envoyée depuis Berlin a fait apparaître des fournisseurs du pays de connexion. Même chose pour une question en russe envoyée depuis Tallinn.
L'auteur le résume dans le titre d'une section : la langue fixe le registre, la localisation fixe le marché. Autrement dit, la langue décide si l'assistant tente une réponse locale ; le pays de connexion décide de quel lieu il s'agit.
Un français, plusieurs pays
Pour une entreprise française, ce résultat a une portée très concrète, parce que le français n'est pas la langue d'un seul marché. Un acheteur à Bruxelles, à Genève, à Luxembourg ou à Montréal pose sa question en français. Une mesure « en français » faite depuis la France ne dit rien de ce qu'il voit, si le pays de connexion oriente la réponse comme dans l'expérience.
Et les écarts réglementaires entre ces pays sont réels. TVA, facturation électronique, normes sectorielles : un logiciel de comptabilité conçu pour la France n'est pas la bonne réponse pour un indépendant belge ou suisse. C'est exactement le type de catégorie où l'expérience a observé l'effet le plus net. Pour un fabricant français qui vend en Belgique et en Suisse, la grille minimale compte donc au moins trois cellules en français, une par pays de connexion, là où le raisonnement « langue égale marché » n'en prévoyait qu'une.
Cela reste une hypothèse : l'expérience n'a testé ni le français ni la France. Mais c'est la combinaison qui mérite d'être vérifiée en premier si vous vendez dans la francophonie.
Une catégorie, un assistant : les limites
L'objection suppose aussi que l'effet est général. La seconde catégorie dit le contraire. Le logiciel de gestion de projet a des fournisseurs nationaux en Allemagne et en Estonie, et l'auteur en cite plusieurs, mais aucun n'a été nommé, dans aucune langue. Sa lecture : ce qui compte est que la catégorie soit réglementée à l'échelle nationale, pas qu'elle ait des fournisseurs nationaux. Pour le B2B technique, les produits liés à des normes, des certifications ou des formats de facturation propres à un pays sont les candidats les plus probables.
Les autres limites, l'auteur les énumère lui-même. Un seul assistant, ChatGPT : ni Claude, ni Gemini, ni Perplexity. Un seul prompt par catégorie, six répétitions par combinaison. Un modèle non déclaré derrière l'interface sans compte. Une branche API sans aucune géographie, si bien que l'effet de la connexion vient de l'interface web. Et des réponses web sans sources, qui ne permettent pas de dire si le déplacement vient de la recherche web ou du modèle.
Mesurer la langue du prompt et le pays comme deux axes
Si les deux réglages déplacent les réponses différemment, il faut les noter séparément : les langues d'un côté de la grille, les pays de connexion de l'autre, et chaque cellule qui déclare les deux. Une ligne intitulée seulement « allemand » n'a que la moitié de son étiquette.
Par API, le pays devient un paramètre explicite. L'outil de recherche web d'OpenAI accepte un user_location avec un pays approximatif sous forme de code ISO à deux lettres, plus une ville, une région et un fuseau horaire facultatifs. Avec ou sans ce paramètre, ce sont deux mesures différentes, même avec le même prompt. Les avantages et les limites de chaque méthode sont présentés dans API ou raclage du navigateur.
Nos propres données isolent l'axe de la langue. Sur 17 719 réponses recueillies par PSentry entre décembre 2025 et octobre 2026, avec des prompts en français, entre 23 et 37 sources sur 100 étaient en .fr selon l'assistant, et environ la moitié en .com ; avec des prompts en anglais, environ trois sources sur quatre étaient en .com. Limite à garder en tête : ce sont les prompts suivis par nos clients, surtout des services B2B et de l'industrie, l'échantillon n'est donc pas représentatif, et la connexion n'a pas varié. Ces chiffres ne disent rien de l'axe du pays.
Même franchise sur l'outil : PSentry mesure la visibilité par langue et par marché, il ne simule pas l'endroit d'où se connecte chaque acheteur. Pour l'axe du pays, la preuve la plus propre reste un test contrôlé comme celui-ci, refait sur votre catégorie.
La règle qui reste après le démontage est plus étroite et plus utile. La langue décide si l'assistant cherche des fournisseurs locaux. La connexion décide de quel pays.
Ce que se demandent les exportateurs francophones
Une mesure en français faite depuis la France vaut-elle pour la Belgique ou la Suisse ?
Pas forcément. Dans l'expérience, à langue constante, le pays de connexion changeait la nationalité des fournisseurs cités : il faut donc une cellule en français par pays de connexion, même si l'expérience n'a pas testé le français.
Pourquoi l'effet apparaît-il sur certains produits et pas sur d'autres ?
Selon l'auteur, ce qui compte est que la catégorie soit réglementée à l'échelle nationale. L'effet s'est vu sur le logiciel de comptabilité, lié aux règles fiscales de chaque pays, et pas sur la gestion de projet, qui fonctionne partout de la même façon.
Faut-il encore tester en anglais ?
Oui, à condition de noter d'où part la connexion. Dans l'expérience, une question en anglais depuis l'Estonie ou la Turquie faisait ressortir les marques mondiales, alors que depuis Berlin et Oslo des fournisseurs locaux apparaissaient encore.
PSentry mesure-t-il le pays depuis lequel se connecte l'acheteur ?
Non. PSentry mesure la visibilité par langue et par marché, mais il ne simule pas l'endroit d'où se connecte chaque acheteur. Pour l'axe du pays, un test contrôlé sur votre catégorie reste la preuve la plus propre.