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Ce que compte vraiment le rapport IA de Search Console

Search Console mesure désormais les Aperçus IA et le Mode IA. Pour un site français, la courbe a moins de deux mois, et elle ignore tout de ChatGPT.

Un indicateur gratuit, fourni par Google et ouvert à tous les sites, possède une vertu redoutable : en quelques semaines, il devient le chiffre que l'on cite en réunion. Le rapport sur les performances dans l'IA générative de Search Console est en passe de connaître ce destin. Il le mérite en partie, car il compte quelque chose de réel, avec la rigueur habituelle de Google. Ce qu'il compte n'est pourtant pas la « visibilité IA » d'une entreprise, et l'écart entre les deux est précisément ce qu'un exportateur a besoin de comprendre.

Rappel des faits. Google a annoncé ces rapports le 3 juin 2026, d'abord pour une partie des sites ; une note ajoutée à l'annonce indique qu'ils sont ouverts à tous les sites, dans le monde entier, depuis le 31 août. Ils se déclinent en deux vues, l'une pour la Recherche, l'autre pour Discover. C'est la première qui intéresse un site industriel.

Pour un site français, la courbe commence le 22 juillet

Une date doit être en tête avant de regarder le moindre graphique. Google n'a lancé les Aperçus IA et le Mode IA en France que le 22 juillet 2026, sur mobile, sur ordinateur et dans l'application Google. Pour les recherches effectuées depuis la France, la série exploitable a donc moins de huit semaines. Trois conséquences en découlent, et aucune n'est anodine.

  • Une hausse n'est pas une progression. Une courbe qui part de rien fin juillet monte forcément. Elle décrit l'installation d'une fonctionnalité auprès des internautes, non un gain de notoriété, et la comparer à « avant » n'a pas de sens, puisque avant il n'y avait rien à compter.
  • L'été brouille la lecture. Le lancement est tombé en pleine période de congés, quand bien des services achats et des bureaux d'études tournent au ralenti. Les premières semaines de données décrivent une France du mois d'août, ce que tout directeur commercial sait lire avec prudence.
  • Les marchés ne partent pas ensemble. La dimension « pays » invite à comparer la France à l'Allemagne, à l'Italie ou au Royaume-Uni. Or chaque pays a reçu ces fonctionnalités à sa propre date. Juxtaposer deux courbes qui n'ont pas le même point de départ, c'est comparer un salon qui ouvre ses portes à un salon qui les ferme. Avant toute comparaison, la date de lancement se vérifie dans les annonces de Google pour chaque pays.

Rien de cela n'invalide le rapport. Cela impose de le lire comme on lit les comptes d'une filiale créée en cours d'exercice : la date de création sous les yeux.

Ce que le rapport compte, et rien de plus

La documentation de Google est sobre, et il faut la prendre au mot. La vue Recherche couvre deux fonctionnalités, les Aperçus IA et le Mode IA ; la liste doit évoluer avec le temps, et les expériences de Search Labs en sont exclues. Elle fournit :

  • des impressions, c'est-à-dire le nombre de fois où des liens vers votre site ont été vus dans l'une de ces fonctionnalités ;
  • des pages, regroupées selon l'URL finale vers laquelle pointait le lien, après redirections ;
  • des pays, selon l'origine de la recherche ;
  • des appareils : ordinateur, tablette, mobile ;
  • des dates, les plus récentes étant signalées comme provisoires.

La liste s'arrête là. La documentation ne décrit, pour cette vue, ni clics ni requêtes. Google dit vouloir ajouter d'autres métriques par la suite : c'est une intention, pas une fonctionnalité, et elle se lit comme telle.

Deux règles resserrent encore le périmètre. D'abord, le décompte se fait par propriété : si deux liens vers le même site figurent dans une même fonctionnalité, Google compte une seule impression, si bien qu'un site cité trois fois dans une réponse du Mode IA n'apparaît qu'une fois. Ensuite, et c'est plus grave, l'absence de requêtes prive le chiffre de son contexte. Vous savez quelle fiche produit a été affichée, dans quel pays, sur quel appareil, mais pas en réponse à quelle question. Pour une entreprise qui vend un composant très spécifique, la question est l'essentiel de l'information : la même hausse peut venir d'ingénieurs qui comparent des fiches techniques ou d'étudiants qui préparent un mémoire.

Le rapport Performances classique contient bien les requêtes, et Google précise que les apparitions dans les fonctionnalités d'IA y figurent, dans le type de recherche Web, comme avant l'arrivée de la vue dédiée. Sa position demande toutefois de la prudence : un Aperçu IA occupe une seule position dans les résultats, et tous les liens qu'il contient reçoivent cette même position. Être la première source citée ou la cinquième produit le même chiffre.

Un lien affiché n'est pas une réponse lue

Le rapport compte des liens, pas des mentions. Un Aperçu IA peut décrire votre métier, nommer votre entreprise et résumer votre gamme ; s'il ne renvoie pas vers votre site, il n'y a rien à compter. L'inverse existe aussi : un lien vers l'une de vos pages peut figurer parmi les sources d'une réponse dont le texte recommande un concurrent. Les deux événements sont réels, et le chiffre des impressions ne sait pas les distinguer.

Surtout, le rapport ne contient pas la réponse. Il enregistre qu'un lien a été montré, pas la phrase qui l'entourait : si elle était exacte, si elle vous présentait comme le spécialiste ou comme une option parmi d'autres, quels concurrents étaient nommés à côté de vous ou à votre place. Search Console ne rend compte que de votre propre propriété ; les autres noms du même Aperçu lui échappent par construction.

Pour un exportateur, l'angle mort se creuse avec la langue. La dimension « pays » indique d'où venait la recherche, pas ce que la réponse disait en allemand plutôt qu'en italien, ni si la version allemande citait un fabricant local en vous laissant de côté. Deux marchés aux impressions comparables peuvent lire deux paragraphes qui n'ont rien de commun. Les acheteurs francophones, du reste, ne sont pas tous en France : une recherche en français lancée depuis Bruxelles, Genève ou Montréal est rangée sous la Belgique, la Suisse ou le Canada, et relève du calendrier de lancement de ce pays, non de celui de la France.

ChatGPT, Claude, Perplexity : hors du champ

Le rapport couvre les fonctionnalités génératives de Google dans la Recherche et dans Discover. Il ne voit ni ChatGPT, ni Claude, ni Perplexity, qui ne sont pas des produits Google, et l'application Gemini ne figure pas parmi les surfaces que liste sa documentation. Un acheteur qui demande à un assistant une première liste de fournisseurs, avant même de rédiger son cahier des charges, ne laisse aucune trace dans Search Console.

Ce n'est pas un défaut. Le rapport a été conçu pour montrer aux éditeurs de sites comment les fonctionnalités de Google affichent leurs pages, et il s'en acquitte correctement. L'erreur consiste à lui demander autre chose.

C'est d'ordinaire le moment où un éditeur de logiciel annonce que son produit comble tous les manques. Le nôtre ne le fait pas, et il serait malvenu de démonter une exagération pour en commettre une autre. PSentry mesure ce que répondent ChatGPT, Claude, Gemini et Perplexity aux questions que posent vos acheteurs, dans chaque langue et chaque marché où vous vendez : si vous êtes cité, comment vous êtes décrit, quelles sources sont mobilisées, qui est nommé à votre place. Il le fait par les API de ces assistants, deux fois par mois. Il ne surveille ni les Aperçus IA, ni le Mode IA, ni aucune autre surface d'IA de la Recherche Google, et n'a aucun accès à vos données Search Console.

La bonne organisation consiste donc à tenir deux relevés côte à côte, chacun couvrant un terrain que l'autre n'atteint pas :

  • Search Console, pour les fonctionnalités d'IA de Google, comptées en impressions de liens vers vos pages, par page, pays et appareil, gratuitement et à la source ;
  • une mesure au niveau des assistants, pour le texte des réponses de ChatGPT, Claude, Gemini et Perplexity, langue par langue, concurrents compris, sans aucune vue sur la page de résultats de Google.

Un site qui affiche de belles impressions IA dans Search Console et reste absent de la réponse de ChatGPT en allemand ne dispose pas de données contradictoires. Il dispose de deux faits sur deux systèmes différents, et gagnerait à ne pas en faire la moyenne.

Les questions que l'on pose à ce rapport

Les données françaises antérieures au 22 juillet sont-elles exploitables ?

Pas pour ces deux fonctionnalités, qui n'étaient pas encore proposées en France. La période utile commence au lancement, et la comparaison qui aura du sens se fera d'un trimestre à l'autre, une fois l'effet de nouveauté et la coupure estivale passés.

La nouvelle vue remplace-t-elle le rapport Performances ?

Non. Google indique que les données des fonctionnalités d'IA générative restent incluses dans le rapport Performances global ; la nouvelle vue se contente de les isoler. Si vous suiviez déjà le total des impressions d'un mois sur l'autre, ce total contenait les apparitions dans ces fonctionnalités.

Pourquoi mes impressions IA sont-elles plus faibles que prévu ?

En partie à cause de la règle de comptage : plusieurs liens vers votre site dans une même fonctionnalité ne font qu'une impression. En partie parce que seuls les liens comptent, et qu'une mention sans lien ne laisse aucune trace. Les derniers jours, enfin, sont provisoires et peuvent encore bouger. Pour un site français, s'ajoute la jeunesse de la série.

Peut-on exclure son site de ces fonctionnalités ?

Oui. Google a lancé dans Search Console un contrôle, disponible en France, qui permet aux propriétaires de sites de décider s'ils veulent apparaître dans les fonctionnalités d'IA générative de la Recherche. Faut-il s'en servir lorsqu'on vend à des acheteurs techniques ? C'est une autre question, qui mérite un article à part.