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Sortir des Aperçus IA : un réflexe d'éditeur, pas d'industriel

Google permet désormais à tout site de quitter ses réponses générées. Pour un fournisseur qui vend à des ingénieurs, l'interrupteur protège rarement ce qui mérite de l'être.

Depuis le 31 août 2026, n'importe quel site peut se retirer des réponses générées par Google. La tentation est compréhensible. Pour un fabricant qui vend à des bureaux d'études, elle est surtout empruntée à une profession qui n'est pas la sienne.

L'outil lui-même tient en une ligne. Dans la Search Console, sous Paramètres puis « IA générative dans la Recherche », un réglage décide si les liens et le contenu du site peuvent servir à trois endroits : les Aperçus IA, le Mode IA et les fonctionnalités d'IA générative de Discover. Par défaut, le site est inclus. L'exclusion prend effet, indique Google, en quelques jours. Proposé d'abord à une partie des sites britanniques en juin, ouvert en France le 22 juillet en même temps que les deux fonctionnalités, le réglage est accessible à tous depuis le 31 août. La page d'aide de la Search Console qui le décrit est courte, et mérite d'être lue avant toute décision.

Ce qu'il ne fait pas compte autant. Ce n'est pas une directive robots. Il ne sort pas le site de la recherche Google, rôle qui reste celui de noindex. Il ne règle pas l'entraînement des modèles, pour lequel Google renvoie à Google-Extended. Google précise qu'il n'est pas utilisé comme signal de classement : les liens bleus restent où ils sont. L'application Gemini ne figure pas parmi les surfaces concernées. Ce que l'on retire, c'est sa présence dans les synthèses de la recherche, avec les impressions et les visites qu'elles auraient pu apporter.

Une querelle d'éditeurs de presse

En France, la reprise des contenus par Google a une histoire, et ce sont les journaux qui l'ont écrite. Depuis l'entrée en vigueur des droits voisins, en octobre 2019, éditeurs et agences de presse réclament d'être rémunérés pour la reprise de leurs contenus. En avril 2020, l'Autorité de la concurrence a enjoint à Google de négocier de bonne foi avec eux. En mars 2024, dans sa décision 24-D-03, elle a sanctionné l'entreprise en relevant notamment que Bard avait été entraîné sur des contenus de presse sans que les éditeurs en soient informés, et qu'aucune solution technique ne leur permettait de s'y opposer sans affecter l'affichage de leurs contenus sur les autres services de Google.

Le débat français sur le droit de refuser porte l'empreinte de ce contentieux : pouvoir dire non sans disparaître. La position des éditeurs est cohérente. Leur produit est l'article, lu sur leur page, à côté de leur publicité ; une synthèse qui répond à la question au-dessus du lien s'y substitue. S'en retirer se défend.

Le fabricant de vannes, lui, ne vend pas de la lecture. Personne ne paie pour consulter sa note d'application. La fiche technique qui donne la pression de service, le tableau de compatibilité, la note sur le matériau de joint qui résiste à tel fluide n'existent que pour faire entrer un produit précis dans une consultation précise. Si une réponse générée reprend la valeur et cite la source, la page a fait son travail. Emprunter le réflexe de l'éditeur, c'est revendiquer des droits voisins sur une plaquette commerciale.

Reste l'acheteur technique qui passe au Mode IA. Il ne flâne pas. Il a une contrainte, une matière, une tolérance, souvent reprises du cahier des charges, et il les décrit en entier. La réponse cite des candidats. S'exclure n'empêche pas cette liste d'être dressée : elle le sera à partir des pages de vos concurrents et de ce que distributeurs, annuaires et forums disent de vous, que votre réglage ne touche pas. Le coût est invisible, puisque personne n'écrit pour signaler qu'on vous a oublié. Le bénéfice, le plus souvent, reste théorique.

Il existe pourtant des cas où l'exclusion se justifie. Ils ont un point commun : le contenu est la marchandise, et non la description de la marchandise.

  • Le contenu technique payant. Guides de conception, méthodes de calcul, commentaires de normes vendus par abonnement ou sous licence.
  • Les documents publiés sous la licence d'un tiers. Fiches ou plans diffusés selon les conditions d'un fabricant qui n'autorisent pas forcément leur reprise ailleurs. Le réglage est ici un instrument grossier, puisqu'il s'applique au site entier.
  • Les pages où la paraphrase devient un risque. Des consignes de sécurité, par exemple, où une réponse condensée qui omet une réserve vaut moins que pas de réponse du tout. Même là, les commandes que Google documente au niveau de la page, nosnippet, data-nosnippet ou max-snippet, sont plus proportionnées que le retrait d'un catalogue entier.

Hors de ces cas, l'interrupteur protège surtout une page contre le seul lecteur pour lequel elle a été rédigée.

Un mot sur notre position, qui pourrait sembler intéressée. PSentry ne surveille ni les Aperçus IA ni le Mode IA : il mesure ChatGPT, Claude, Gemini et Perplexity, par langue et par marché. Rien de ce qui précède ne plaide donc pour lui. Pour voir gratuitement ce que les surfaces de Google font déjà de votre site, le rapport consacré à l'IA générative, arrivé dans la Search Console avec le réglage, reste le bon endroit. Un exportateur qui quitte le lieu où s'écrivent les listes de fournisseurs devrait le faire après avoir regardé, et non pour le plaisir de reprendre la main.