« fr » tout court : ce que vos pages disent de leur langue
Google Ads déduit désormais la langue au lieu de la demander. Trois contrôles, un après-midi, pour savoir si chaque version de votre site dit bien la sienne.
Un site traduit et un site qui déclare sa langue ne sont pas la même chose. Le premier s'adresse à des lecteurs, qui voient bien que la page est en allemand. Le second s'adresse aussi à des logiciels, qui n'ont ni les yeux de l'acheteur ni son contexte, et à qui l'on demande de plus en plus souvent de deviner.
La dernière illustration vient de la publicité. Le 13 août 2026, Google a annoncé qu'à partir de septembre le ciblage par langue au niveau de la campagne disparaîtrait des campagnes sur le Réseau de Recherche. D'après l'aide Google Ads, les annonces sont désormais associées aux recherches en fonction de la langue dans laquelle elles sont rédigées, la priorité allant à celles qui correspondent à la langue de la requête. L'annonceur cochait une case ; le système infère.
Ce texte ne parle pas de publicité. Il part d'un constat plus terre à terre : sur un site d'exportateur qui a grandi par strates, une migration de CMS par-ci, un prestataire de traduction qui a traité le corps des pages mais jamais le gabarit par-là, l'inférence n'a rien d'évident. Ce qui suit est un protocole en trois contrôles, précédé d'une question que les sites anglophones n'ont pas à se poser. Il faut un navigateur, le raccourci d'affichage du code source et un après-midi.
« fr » tout court est un choix, pas un réglage
Pour un industriel français, le premier réflexe consiste à tenir le français pour une langue, donc pour une version. C'est vrai du point de vue du traducteur. Ce l'est beaucoup moins du point de vue de l'acheteur.
Un acheteur belge, un acheteur de Suisse romande et un acheteur québécois lisent la même langue, pas la même page. Les prix ne sont pas dans la même monnaie : euro à Bruxelles et à Luxembourg, franc suisse à Lausanne, dollar canadien à Montréal. La taxe ne porte pas le même nom : TVA d'un côté de l'Atlantique, TPS et TVQ de l'autre. La Suisse n'appartient pas à l'Union européenne, ce qui change ce que la page doit dire des formalités de livraison. Et le vocabulaire bouge : septante et nonante en Belgique et en Suisse, une terminologie propre au Québec, où l'Office québécois de la langue française publie la sienne.
Le balisage sait exprimer cette nuance. La documentation de Google sur les versions localisées admet un code de langue seul, comme fr, ou un code de langue suivi d'un code de région, comme fr-BE. Elle précise qu'un code de pays seul n'est pas valide : le premier code est toujours celui de la langue. Rien n'oblige à publier quatre versions françaises. Mais un site qui n'en publie qu'une, étiquetée fr, a pris une décision : il répond au client lausannois en euros. Autant qu'elle soit délibérée plutôt qu'héritée d'un gabarit.
Une remarque de méthode vaut pour toute la suite. Si vous déclinez le français par marché, chaque contrôle se fait sur chacune des déclinaisons, et non sur « la version française ».
Premier contrôle : la page lue par quelqu'un qui ne parle que sa langue
Aucun validateur ne fait ce travail, et c'est pourtant là que les sites industriels multilingues se défont le plus souvent. Parcourez la page allemande et relevez tout ce qui n'est pas en allemand. Les suspects habituels :
- La navigation et le pied de page, restés en français parce qu'ils logent dans le gabarit.
- Les tableaux de caractéristiques, collés depuis la version de référence et jamais traduits : la page décrit le produit en allemand et le spécifie en français.
- Les téléchargements : fiche technique, notice de montage, certificat, disponibles seulement en PDF anglais derrière un lien allemand.
- Les boutons, les libellés de formulaire et le bandeau cookies, que le prestataire de traduction n'a jamais vus.
Le contrôle vaut dans l'autre sens. Il n'est pas rare qu'un bureau d'études rédige ses fiches techniques directement en anglais, et que la version française du site pointe vers des documents qui ne le sont pas. Pour les produits vendus en France, ce n'est pas seulement une affaire de lisibilité : l'article 2 de la loi du 4 août 1994, dite loi Toubon, rend obligatoire l'emploi du français notamment dans la présentation, le mode d'emploi et la description de la garantie d'un produit.
Google recommande de s'en tenir à une seule langue par page pour le contenu et la navigation, et d'éviter les traductions juxtaposées. L'argument ne dépend pourtant pas de Google. Un texte dans la mauvaise langue l'est pour tout lecteur, humain ou machine. Rien de documenté n'indique que les assistants d'IA lisent hreflang, et il serait imprudent de le supposer. Ce qu'un assistant obtient à coup sûr en récupérant votre page allemande, c'est son texte ; si la partie qui décide un achat technique est en anglais, c'est de l'anglais qu'il obtient.
Deuxième contrôle : ce que déclarent le code et l'adresse
Dans le code source de chaque version, le premier élément dit l'essentiel : <html lang="...">. Notez ce qu'il affiche pour chacune.
Les recommandations du W3C sont sans ambiguïté : toujours un attribut lang sur l'élément html, un code BCP 47 tel que de ou fr-CH, et jamais d'élément meta http-equiv="Content-Language" pour en tenir lieu. L'anomalie à chercher est banale et répandue : toutes les versions du site déclarent lang="fr", parce que l'attribut loge dans un gabarit commun que personne n'a localisé.
Une précision, parce qu'elle est souvent mal comprise. Google indique n'utiliser ni hreflang ni l'attribut HTML lang pour détecter la langue d'une page : ses algorithmes s'appuient sur le contenu. Un lang erroné ne fera donc pas, de l'aveu même de Google, mal étiqueter la page dans son moteur. Corrigez-le quand même. C'est le seul endroit du balisage où une page dit en quelle langue elle est écrite, et tout logiciel qui préfère lire une déclaration plutôt que deviner lira celle-là. Une déclaration qui contredit le contenu vaut moins que pas de déclaration du tout.
Alignez ensuite dans la barre d'adresse les versions d'une même page. La langue doit s'y lire : un domaine national comme example.de, un sous-domaine comme de.example.com, un sous-répertoire comme example.com/fr-ch/. Google tient les trois pour valables et déconseille les paramètres du type ?lang=de. Le cas préoccupant est l'adresse unique qui affiche l'allemand ou le français selon un cookie, un réglage du navigateur ou l'adresse IP du visiteur. Google recommande de laisser l'internaute choisir sa langue par des liens plutôt que de le rediriger d'office, et rappelle que ses robots d'exploration viennent pour la plupart des États-Unis. Une page qui n'existe en allemand que pour le visiteur arrivé avec les bons réglages n'existe pas en allemand pour la plupart des lecteurs automatiques.
Troisième contrôle : compter les lignes hreflang
Toujours dans le code source, cherchez les lignes <link rel="alternate" hreflang="..."> de l'en-tête. Elles peuvent aussi figurer dans les en-têtes HTTP ou dans le sitemap XML : Google accepte les trois méthodes, vérifiez donc là où se trouvent les vôtres.
L'arithmétique fait un bon test. Soit un site, hypothétique, décliné en fr-FR, fr-BE, fr-CH, de et en. Chacune des cinq versions doit porter le même jeu : cinq lignes hreflang, dont une pointe vers la page elle-même, plus un x-default si vous en utilisez un. Six lignes, identiques sur les cinq pages. Google demande que chaque version se cite elle-même en plus des autres, et que les liens soient réciproques : si la page X renvoie vers la page Y, la page Y doit renvoyer vers la page X, faute de quoi les annotations sont ignorées. Une page suisse qui a oublié la page belge suffit à annuler la paire, en silence.
Trois vérifications encore, pendant que vous y êtes. Les URL doivent être complètes, https:// compris. Les codes doivent exister : fr seul est valide, fr-BE aussi, BE seul ne l'est pas. Enfin, x-default est facultatif : Google le destine d'abord aux pages de sélection de la langue, pour les visiteurs dont la langue ne correspond à aucune version. Sur un site d'export doté d'une version par défaut raisonnable, il se justifie en général.
Comptez au fil de l'eau. Cinq versions, une douzaine de pages clés, trois contrôles par page : un tableur de 180 cases, dont une part étonnante sera fausse sans que personne l'ait jamais décidé.
Ce que cet après-midi ne vous dira pas
Un site qui passe les trois contrôles est correctement étiqueté. C'est tout, et ce n'est déjà pas rien. Cela ne dit rien de la question qui occupe le directeur export : quand un acheteur demande, en allemand ou en français de Belgique, qui fournit ce que vous fournissez, un assistant vous nomme-t-il ? C'est une autre mesure, celle que réalise PSentry : les mêmes questions posées à ChatGPT, Claude, Gemini et Perplexity, dans chaque langue et chaque marché où vous vendez, deux fois par mois. L'outil n'audite pas votre balisage et ne vous dira pas quelle page porte le mauvais lang. L'étiquette reste votre affaire ; la mesure commence après.